2050, l’année où l’agriculture biologique et locale
pourrait nourrir la population Européenne ?

A l’aune d’un des enjeux majeurs du XXI° siècle, à savoir la production à venir de l’alimentation humaine, une étude sérieuse de chercheurs du CNRS[1] nous apprend que l’Europe peut nourrir sa population dès 2050 grâce au développement d’une agriculture biologique, locale et durable, respectueuse de la biodiversité, et qui permettrait une cohabitation équilibrée entre le modèle agricole et l’environnement.

Laissons-nous aller et rêvons un peu, même si le scénario envisagé nous paraît pour l’heure parfaitement utopique et totalement irréalisable: « En 2050, l’ensemble de la population européenne ne se nourrira plus que de produits locaux, cultivés sans pesticide ni engrais de synthèse. Les fermes-usines auront disparu, remplacées par des exploitations à taille humaine combinant culture et élevage. Des parcelles de luzerne, trèfle, lentille et pois chiche émailleront le paysage »[2]

L’étude en question, chiffres à l’appui, montre en effet que l’Europe pourrait atteindre l’autosuffisance alimentaire en 2050, et ceci sans recours aux engrais azotés et sans augmenter la surface des terres cultivées. Mais à condition de changer notre régime alimentaire, de développer la polyculture associée à l’élevage et à la rotation des cultures, et en repensant totalement notre modèle agricole.

Changement de régime alimentaire et rotation des cultures.

En premier lieu, il s’agirait de consommer moins de protéines animales. Actuellement, les Européens consomment à peu près deux tiers de protéines animales pour un tiers de protéine végétale, et à peu près 80 % de la production agricole est consacrée à l’alimentation du bétail.
Cette proportion pourrait être considérablement réduite en changeant nos habitudes alimentaire. En augmentant notre consommation de légumes et de céréales, nous produirions alors moins et, surtout, de manière moins intensive.
On remarque également que l’Europe est principalement constituée de grands ensembles agricoles hyper-spécialisés. Il faudrait redévelopper la polyculture associée à l’élevage, ce qui permettrait par exemple de recycler les déjections en fumier, et donc de s’émanciper petit à petit des engrais de synthèse. Le retour à ce schéma permettrait aussi d’en finir avec les importations intensives de soja qui est une des principales causes de déforestation, principalement en Amérique Latine.
En complément, les chercheurs préconisent également une généralisation des rotations des cultures (en alternant par exemple les différentes légumineuses, fourragères comme le trèfle ou la luzerne et à graines comme les lentilles ou les pois chiches) afin d’enrichir les terres de manière naturelle.
Le fait d’alterner les cultures permettrait de diminuer la vulnérabilité des productions et d’augmenter la résistance aux maladies, ce qui implique de fait une diminution de l’usage des pesticides.

Schéma du scénario agro-écologique qui serait possible en 2050. © Gilles Billen

Il s’agirait en troisième lieu de refonder notre système agricole…

Cette recherche prouve chiffres à l’appui qu’il est parfaitement possible de nourrir la population Européenne de manière saine, écologique et respectueuse de l’environnement, dans un délai de trente ans. Ce modèle pourrait même être exporté et proposé dans la quasi totalité des régions du monde, à condition d’opérer des changements majeurs.
La mise en place de l’autonomie alimentaire sans engrais azotés implique une refonte totale de notre modèle agricole. L’étude souligne également le potentiel du recyclage des excreta humains, en les recyclant pour l’agriculture plutôt que de les traiter dans les stations d’épurations.

Nous sommes là devant un défi majeur, et, pour l’instant, on se contente de « mesurettes » qui ne remettent en cause ni la logique, ni les structures du système économique.
« Si l’on cesse d’avoir en ligne de mire l’optimisation des gains générés par le commerce international et que l’on prend au sérieux la nécessité de produire une alimentation locale, plus sûre et plus saine écologiquement, on se tournera vers un système tel que celui que nous décrivons... », nous dit Gilles Billen, l’auteur du rapport.
Bien sûr, mais malheureusement, nous en sommes encore loin !

Jean-Luc Marchal.

Sources : Hortense Chauvin pour « Reporterre », et rapport de Gilles Billen.

 


[1]    Des scientifiques du laboratoire Milieux environnementaux, transferts et interactions dans les hydrosystèmes et les sols (CNRS/Sorbonne Université/EPHE) sont impliqués. Plusieurs universités européennes ont également participé : Universidad Politecnica de Madrid en Espagne ; Chalmers University of Technology en Suède ; University of Natural Resources and Life Sciences en Autriche et le Joint Research Centre en Italie. Étude publiée dans la revue « One earth », 18 juin 2021.

[2]    Hortense Chauvin, sur le site « Reporterre » le 26 juin 2021.

 

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