Georgia et Bastien, maraîchers à Chenaud (Dordogne)

« Le choix d’une vie plus douce, plus écolo, plus humaine »

Chaque semaine, leur « jardin maraîcher » approvisionne la Loco en fruits et légumes de saison. Rencontre avec un couple de quadras utopiste et réaliste.

Chenaud en Dordogne, un jour de veille de printemps. Visite guidée sur les terres de Georgia Durand et Bastien Lecron. « Ici, il y a dix ans, il y avait une prairie en friche bordée de pins. Aujourd’hui, à la même place, nous cultivons fruits et légumes sur un peu moins d'un hectare dont 1300 m2 de serres ». A les voir bichonner leurs plants et sillonner les allées de leurs serres, on dirait qu’ils ont toujours fait du maraîchage. Eh bien non, pas du tout.
En 2012, Georgia était encore animatrice socio-culturel et Bastien travaillait dans le développement durable dans la région de Libourne. « On en avait marre de nos boulots. Nous voulions avoir une vie en cohérence avec nos aspirations. Avoir une vie plus douce, plus écolo, plus humaine ». L’idée de se lancer dans le maraîchage n'était pas présente dans leur esprit. Et puis un jour, c’est le déclic. « En trois mois, nous avons lancé notre projet tout en gardant les pieds sur terre. On peut être utopistes et rester réalistes ». Dans un premier temps, Bastien garde son boulot et Georgia part en éclaireuse en suivant une formation BPREA. Traduisez : brevet pro responsable d’exploitation agricole. « Ensuite, nous avons repéré ce terrain et la maison qui était en désuétude depuis 15 ans. Il nous a fallu plus plusieurs semaines de rénovation pour la rendre « habitable ».

Les premiers paniers

Dans le cadre de sa formation, Georgia monte un « business plan » pour concrétiser le projet de maraîchage, avec l’idée de développer des paniers maraîchers sur le plan local. Au printemps suivant, la première serre, un double tunnel, est opérationnelle. Et le 1ER Juin 2013, Georgia livre ses premiers paniers à l’AMAP (1) de Saint-Aulaye. Bastien son contrat terminé, rejoint la ferme l’année suivante. Ses compétences de chargé de missions dans l‘ingénierie de projets sont complémentaires à la méthodologie de Georgia. Le métier reste difficile et pour être viable, une organisation de travail rigoureuse est essentielle.
Ainsi, le projet du couple de maraîcher repose sur trois grands critères : « Être économiquement viable ce qui veut dire ne pas être en galère d’argent. Avoir du temps pour soi : donc organiser et planifier notre travail. Et garder une exigence écologique par des choix limitant notre impact sur l’environnement et vendre nos légumes le plus localement possible…

Le choix du circuit court et de la diversification

En 2018, l’exploitation se structure en GAEC bénéficiant de la dotation des jeunes agriculteurs (DJA). Un apport financier qui leur permet d’investir alors dans du matériel apportant du confort de travail et « d’optimisation du système » : 2 tunnels supplémentaires, aménagement d’un espace de stockage des légumes, un atelier, amélioration de la partie accueil/vente à la ferme... « Pour notre commercialisation, nous avons fait le choix du circuit court pour être dans la vie locale. D'une part avec l'AMAP de St Aulaye « Les paniers de la Double » et une autre proche de St Denis de Pile. C’est dans cette même dynamique que nous fournissons nos fruits et légumes à la Loco bio. Tous les jeudis soir, nous accueillons également sur notre ferme un petit marché de producteurs locaux ».
Côté production, le couple de maraîchers joue sur le registre de la diversification, cohérente avec les ventes de paniers. Le jardin accueille ainsi une quarantaine de famille de légumes et plus de 120 variétés cultivées. Il y a aussi beaucoup d’arbres (250 dont une centaine de fruitiers), des vivaces, des arbustes ainsi que des petits fruits et des plantes aromatiques.

L’échange, la transmission, l’humain

Sur le plan écologique, Georgia et Bastien mettent un point d’honneur à n’utiliser aucun produit à part la bouillie bordelaise et du purin. « Rien de chimique car ça flingue tout. Nous sommes beaucoup dans l’autonomie avec pour exemple la réalisation de l'ensemble des plants de légumes. Cela nous réduit les frais de fonctionnement et nous assure une garantie sur nos plants ».
Le sol sablo-limoneux de la ferme nécessite de la matière organique. « Notre logique c’est de nourrir le sol avec des fumiers locaux. C’est ce qu’il y a de plus cohérent. Pour lutter contre les ravageurs, on utilise des filets anti-insectes. L’hiver, tout le jardin est ainsi couvert de filets. Ce qui implique une certaine logistique mais c’est très efficace ».
Le jardin maraîcher de Georgia et Bastien est labellisé « ferme de démonstration ». Dans ce cadre, ils accueillent plusieurs fois par an, des groupes d'étudiants ou de professionnels qui découvrent comment ils ont construit et réalisé leur projet, le montage financier, leurs partis pris … « On fait aussi deux chantiers participatifs par an avec les AMAP et on contribue à l'accompagnement de porteurs de projet dans leur installation en maraîchage, on les aide à réfléchir. Ça nous plaît d’être dans l’échange, la transmission et l’humain tout simplement ».
Autant dire que le quotidien professionnel de nos amis maraîchers est amplement bien rempli. Sans compter l’énergie et le temps qu’implique la vie avec trois jeunes enfants. Alors comment font-ils pour tout assurer de front ? « Nous avons une règle de vie : pour souffler et profiter de notre vie de famille, nous prenons impérativement cinq semaines de vacances et nos week-ends avec les enfants. Ce qui passe par la recherche d’efficacité maximale. Et puis après bientôt 10 ans d'installation on peut le dire, ça roule ! »

Texte : France Berlioz

Photos : Séverine Groulet

(1) AMAP : Association pour le maintien de l’agriculture paysanne

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